juin 2007
De nombreuses études médicales ont récemment établi un
lien entre un problème médical appelé l’ostéonécrose de la mâchoire (ONM) et l’administration de fortes doses
de bisphosphonates intraveineux à certains patients pour traiter le myélome multiple (maladie de Kahler), le
cancer du sein ou autres cancers.
En général, l’ostéonécrose de la mâchoire est définie
comme une lésion qui ne cicatrise pas, ou mal, pendant 6 semaines. Elle se situe au niveau de la
mâchoire (la mandibule ou le maxillaire). Cette lésion peut être douloureuse ou non. La majorité des cas ont
été recensés chez les personnes ayant subi ou subissant un traitement aux bisphosphonates intraveineux à
fortes doses pour traiter un cancer. D’ailleurs, la plupart de ces patients ont à prendre d’autres
médications pour se soigner. Il semble qu’en plus de la thérapie aux bisphosphonates, ces patients aient eu
recours à une chirurgie dentaire : extraction d’une dent, implants dentaires, infection orale ou aient subi
un traumatisme dans la cavité buccale avant que ne se développe l’ONM. Par contre, l’ONM peut survenir sans
traumatisme ou traitement dentaire. La durée moyenne de traitement avec bisphosphonates était d’environ 2
ans. En général, l’ONM est soignée par un dentiste ou un chirurgien dentiste par l’entremise de traitements
oraux comme le rinçage, les antibiotiques et toute autre chirurgie appliquée localement.
Les bisphosphonates administrés par voie orale tels
l’alendronate (Fosamax®), l’étidronate (Didrocal®) et le risédronate
(Actonel®) sont fréquemment utilisés pour traiter l’ostéoporose alors que les bisphosphonates
intraveineux comme le pamidronate et le zolédronate sont utilisés plus rarement dans le traitement de
l’ostéoporose.
Un petit nombre de cas répertoriés d’ONM ont été
rapportés chez des patients utilisant des bisphosphonates oraux pour traiter l’ostéoporose et/ou la maladie de Paget. Il s’agit de cas
extrêmement rares et on évalue la fréquence de ces cas entre 1 cas sur 10 000 et 1 cas sur 100 000
des patients. Malheureusement, les informations en ce qui concerne la dose et la durée du traitement aux
bisphosphonates ainsi que l’état de santé général des patients atteints d’ONM sont limitées lors des
traitements de l’ostéoporose ou la maladie de Paget dans ces études.
À ce jour, aucun résultat indiquent un rapport entre
l’ONM et la prise d’autres médicaments pour traiter l’ostéoporose, en particulier le calcium et la vitamine
D, le raloxifène (Evista®), la calcitonine (Miacalcin®) et le tériparatide
(Forteo®).
Recommandations
cliniques
À cause du manque d’information sur le sujet, il est
impossible d’établir des lignes directrices de pratique clinique pour prévenir et traiter l’ONM chez les
patients sous bisphosphonates oraux dans le traitement de l’ostéoporose ou celui de la maladie de Paget. Le
risque de contracter l’ONM par l’absorption de bisphosphonates oraux est très mince (entre 1 sur 10 000 et 1
sur 100 000). Toutefois, pour les patients traités aux bisphosphonates oraux, voici ce que nous
recommandons :
-
Conserver une bonne hygiène dentaire par de visites
régulières chez le dentiste et l’hygiéniste dentaire. Ce conseil s'applique à tous, que vous soyez
traités aux bisphosphonates ou non.
-
Faire part des problèmes dentaires ou buccaux à
votre dentiste ou à votre médecin : douleur, enflure, problèmes de gencives ou dents qui se
déchaussent.
-
Informer le dentiste ou l’hygiéniste dentaire qu’on
vous prescrit des bisphosphonates. Il/elle peut communiquer avec votre médecin pour tout renseignement sur le
traitement ou l’état de votre santé.
-
Certains professionnels de la santé vous
recommanderont l’arrêt de bisphosphonates durant plusieurs semaines avant et après une chirurgie dentaire
invasive (extraction de dent ou implants dentaires). Il n’y a pas de données scientifiques qui supportent
cette recommandation. Toutefois, en tenant compte des effets bénéfiques que les bisphosphonates exercent sur
les os à long terme, cet arrêt momentané de médicaments n’entraînerait aucune réaction néfaste pour le
traitement de l’ostéoporose. Au préalable, il est bon d’en informer votre médecin.
-
Des examens de routine d’hygiène dentaire comme un
nettoyage, un plombage ou un traitement de canal n’entraînent aucune augmentation des risques de contracter
une ONM.
-
L’ONM ne pose aucun problème à l’articulation
temporo-mandibulaire. Si vous ressentez une douleur, des claquements ou craquements dans cette articulation,
la prise de bisphosphonates de même que l’ONM n’en sont pas la cause.
-
Rappelez-vous que les médicaments prescrits pour
l’ostéoporose le sont pour prévenir une fracture (os cassé). Vous êtes plus à risque de subir une
fracture que de contracter l’ONM. Vous tirerez plus d’avantages que de risque de ces médicaments. Vous devez
toujours en parler avec votre médecin avant d’effectuer tout changement ou arrêter toute
médication.
Pour
bientôt
Plusieurs études sont en cours pour mieux
comprendre l'incidence et le mécanisme de développement de l'ONM ainsi que pour identifier les facteurs de
risque spécifiques qui prédisposent certains patients à l'ONM.
Face à l'urgence de clarifier comment et par quel
mécanisme l'ONM se manifeste, l'American Society for Bone and Mineral Research a organisé un forum
qui rassemble médecins, chirurgiens dentaires, dentistes et scientifiques qui s'attaqueront à ce problème
clinique et qui développeront un guide de pratique clinique basé sur les données scientifiques.
Le conseil consultatif scientifique d'Ostéoporose
Canada appuie cette démarche.
Cette nouvelle sera mise à jour dès que de nouveaux
renseignements seront disponibles.
Lecture complémentaire
Le Journal of Bone and Mineral Research (JBMR) a
publié un article au sujet de l'ostéonécrose de la mâchoire (ONM). Cet article contient les plus récentes informations sur la recherche actuellement en cours à
propos des nouvelles publiées dans les médias établissant un lien entre la prise de bisphosphonates et
l'ONM.